le Grand Ricci

L'épopée du Grand Ricci a commencé à peu près en même temps que ma vie, puisque c'est vers la fin des années 40 que les Pères Jésuites, contraints de quitter la Chine, décidèrent de mettre à profit leur temps et leur savoir pour concocter un grand dictionnaire qui irait du chinois vers le latin, l'anglais, le français, l'espagnol et le hongrois. Hormis le latin, langue de l'Église, le choix des autres langues était dû à la nationalité des Pères disponibles pour ce projet.

C'est dire que j'ai pris le train largement en route.

Mon premier contact avec les dictionnaires Ricci date de l'été 1975, que je passai en grande partie à Paris, aidant les Pères Larre et Lefeuvre dans leur révision du "Petit Ricci" en cherchant pour eux caractères et expressions dans les dictionnaires chinois. Le Petit Ricci fut la première parution, en 1976; dictionnaire petite taille, destiné aux étudiants, il venait combler un vide à l'époque dans les dictionnaire chinois français fiables et maniables.

C'est une dizaine d'années plus tard que j'ai commencé à entrer vraiment dans le Grand Ricci.

À la demande des gouvernements taïwanais et français, les Instituts Ricci de Taipei, dirigé par le P. Raguin, et de Paris, dirigé par le P. Larre et moi-même, acceptèrent de reprendre le travail en vue de la publication d'un grand dictionnaire encyclopédique qui couvrirait la langue chinoise des origines à nos jours et qui donnerait, tout au moins dans un certain nombre de "branches du savoir", des explications des termes traduits.

Une première saisie se ferait à Taiwan à partir du manuscrit constitué par les équipes antérieures entre 1949 et 1974. Le Père Camus eut l'idée géniale de penser à l'informatique, alors encore balbutiante, et réussit à adapter un programme pour servir à nos besoins.

L'Institut Ricci de Paris, était en charge, durant ce temps, d'organiser le financement du projet, de recruter les réviseurs spécialisés pour chacune des quelques 200 branches du savoir et de préparer l'avenir du projet, en particulier pour l'édition et l'impression.

Une première étape fut, en 1987, la fondation de l'Association Ricci, entièrement consacrée à la réalisation de ce grand dictionnaire. Les quatre membres fondateurs étaient les directeurs des deux Instituts Ricci, les Pères Yves Raguin et Claude Larre, Michel Deverge, diplomate qui avait été le premier représentant de la France à revenir à Taiwan, vers la fin des années 70 et qui avait permit la mise au propre du manuscrit ainsi que la réalisation de vocabulaires spécialisés (les Lexica), et moi-même.

Quelques 200 personnes, chinois et francophones, allaient travailler à la réalisation de cette œuvre entre 1987 eet 2001. Pour plus de détails et pour rendre justice au labeur de chacun, voir le site du Grand Ricci (www. grandricci.org). Je me contente ici d'évoquer mon apport.

Durant les années 90, j'ai organisé le travail à Paris, recrutant les réviseurs qui pourraient assurer l'exactitude et la cohérence de chaque ensemble de vocabulaire distribué dans les branches du savoir, recevant les fichiers qui nous arrivaient de Taipei pour les imprimer et envoyer à chacun le vocabulaire dont il était en charge, surveillant le travail, discutant avec les correcteurs, renvoyant les corrections à Taipei, etc.

Le travail était codirigé par le Père Yves Camus à Taipei et moi à Paris. Mais nous nous rencontrions au moins une fois par an. Yves Camus venant rarement à Paris, le Père Larre puis moi nous sommes rendus une fois par an à Taipei, jusqu'en 1998, pour échanger et confronter nos points de vue.

Dès le début des années 90, l'informatique était à la fois notre point fort, ce qui nous positionnait à la pointe du progrès, et notre talon d'Achille, car les difficultés ne manquaient pas. Par exemple, nul ne savait comment transformer en un fichier imprimable les données saisies à Taipei. Un ami vint à notre secours et accepta de travailler avec nous en prenant en charge ce côté informatique. Amnon Yaïsh est celui qui a permit l'édition de l'ouvrage. Il fut aidé par Pierre Mellier, de l'université de Lausanne. C'est grâce à eux que les données numérisées à Taipei ont pu devenir d'abord les 2 volumes du dictionnaires des caractères singuliers, puis les 7 volumes du Grand Ricci proprement dit, et enfin un Cdrom. Si aujourd'hui le Grand Ricci est disponible online sur le portail de Brill ou encore sous forme d'application Pleco, c'est encore grâce à l'intelligence de leur vision et au labeur acharné dont ils ont fait preuve.

J'étais davantage concentrée sur le contenu du dictionnaire, veillant à la cohérence de l'ensemble, dirigeant les révisions du vocabulaire général comme du vocabulaire spécialisé. Il fallait aussi s'occuper de la confection des index ainsi que de la rédaction des annexes qui incluaient la présentation de certains aspects de la civilisation et de la culture chinoises, servant de fond à la compréhension d'une branche du savoir et de sa terminologie. Ce sont les dossiers du Grand Ricci.

J'étais également responsable du vocabulaire dans mes spécialités : la médecine et la philosophie chinoise, ainsi que les usages anciens dans les textes classiques de quelques 2200 caractères dont les graphies et les sens étaient données depuis les inscriptions oraculaires et sur bronzes.

Quand la saisie générale et l'intégration des premières corrections furent terminées à Taipei, l'ensemble du dictionnaire passa à Paris (1998) et je devins alors la rédactrice en chef de l'ouvrage pour les dernières phases du travail.

Une première parution, en 1999, en deux volumes, limitée à la présentation des caractères singuliers, sans les expressions, nous servit de galop d'essai et confirma la faisabilité technique de l'œuvre.

C'est finalement à la fin de l'année 2001, au moment même de la mort du Père Larre, que le Grand Ricci sortit des presses : 9000 pages réparties en 7 volumes, dont un d'index et d'annexes. Le lancement officiel fut célébré le 17 janvier 2002.

Une nouvelle équipe de volontaires accepta alors de prendre en charge l'Association Ricci. J'en restais membre et membre du Bureau et continuais de travailler sur les développements du Grand Ricci. D'abord sur le Cdrom, avec Amnon Yaïsh, terminé en 2009. Puis sur les dictionnaires spécialisés en participant à la supervision de plusieurs d'entre eux et en réalisant mon propre dictionnaire de médecine chinoise traditionnel, travail que je compte achever dans les prochaines années.

Le site de l'Association Ricci peut être consulté sur www.grandricci.org.

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